"Pour bien aimer un pays, il faut le manger, le boire et l'entendre chanter." [Michel Déon]

18 janvier 2012

Si on part pas, on revient jamais.

 

P8160024En fait, on le savait depuis le début que ça allait se terminer. Alors on s’est arrangé pour repousser un peu la fin, de quelques mois, pour pouvoir encore se dire qu’elle était loin. Rester éloigné de la fin. C’était ça le but. Pouvoir rester longtemps dans ce merveilleux milieu, cet entredeux sans passé ni futur.

Mais on le sait bien, enfin, que nier le temps qui passe ne le fait pas s’arrêter. On a essayé des milliers de fois de défier les lois de la physique, et la conclusion est : ça ne marche pas. De jour en jour, l’air de rien, nous y voilà. Ce moment désagréable où il faut vider sa vie dans des sacs poubelles. Empiler ce qui reste dans une valise. Empiler ceux qui restent dans un coin de la tête. Un très gros coin. Maintenant, il y a un futur. Et puis du coup, il y a un passé aussi. On va pouvoir faire de nos jours en Chine un bel album photo souvenir qu’on regardera distraitement pour combler les jours d’ennui.

C’est la fin, et je dois m’en aller. C’est vrai qu’on a râlé sur ce pays, qui nous a rendus ivre de fatigue culturelle. C’est vrai qu’on en a eu marre de manger chinois, de se fabriquer un cancer des poumons à chaque inspiration, des normes alambiquées de la courtoisie chinoise, de leur sens des relations humaines, de l’atmosphère empoisonnée de Shanda. C’est vrai qu’on s’est souvent dit qu’on aimerait être chez nous.

Et puis d’un coup, je me demande. C’est où « chez nous » ? Après tant de temps passé ici, c’est quoi chez moi ? Et c’est qui ? Je ne sais plus vraiment. Je sais seulement que malgré l’attrait de l’air marin breton et du pain français, quitter la Chine me crève le cœur. On m’a souvent demandé « Pourquoi la Chine ? » et j’ai rarement su quoi répondre. Parce que c’est elle. Comme quand on est amoureux, on visualise avec précision les défauts de l’autre, mais on l’aime avec. On l’aime mieux avec, d’ailleurs. Je les connais, les défauts de ma Chine. Mais je l’aime mieux avec. Elle est comme ça, et puis c’est tout. Y’a jamais de bonne raison pour aimer. La Chine, elle est bordélique, bruyante, trop rapide, trop déséquilibrée, asphyxiée, asphyxiante. Mais elle est vibrante, colorée, profonde, vieille et jeune à la fois, toujours surprenante.

La Chine, ce n’est pas que le thé au jasmin, le riz cantonais, Jackie Chan, la Grande Muraille, Mao, les pandas, les Han et le communisme. C’est un peu tout ça en même temps, et puis un milliard d’autres détails qu’on ne voit pas à première vue. Et heureusement. J’ai souvent entendu autour de moi des gens dire « Shanda, c’est pas vraiment la Chine … » A ceux-là, j’aimerais demander … c’est quoi, « vraiment la Chine » ?

Les Hutong labyrinthiques de Beijing, ou les immeubles démesurés de Shanghai ?
Un bol de nouilles de riz, ou un burger au poulet frit ?
Le wagon assis dur d’un train lent, ou le wagon première classe du nouveau train grande vitesse ?
Un homme qui pêche aux cormorans sur les eaux du fleuve Li, ou un entrepreneur en costard dans les hauteurs de Pudong ?
Un Qipao, ou un tee-shirt Hello Kitty ?
Un village Zhuang au fin fond du Guangxi, ou la cafet’ du bâtiment des étrangers de l’Université du Shandong ?

Elle est trop grande pour rentrer dans les boîtes d’allumettes des stéréotypes, trop tentaculaire pour s’en faire une vue d’ensemble. Y’a pas une Chine, y’en a plein. Et je me réjouis à l’idée de savoir que je viens à peine de faire mes premiers pas dans cet univers. J’en ai pour plusieurs vies à tout découvrir. Et c’est parfait comme ça.

Ce n’est que la fin du premier acte d’une pièce qui s’annonce longue. Si on part pas, on revient jamais. Je pars, mais je reviendrai.
Après l’entracte.

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11 janvier 2012

"You can take the girl out of China, but you cannot take China out of the girl !"

Au lieu d’écrire un article ayant pour thème "Le retour des adieux et comment ça me fait pas trop kiffer ma race", je vais plutôt écrire un article intitulé : "Comment la Chine m’a rendue invincible".

Car oui, à deux semaines de la fin, il est temps de faire un bilan. Le bilan de ce que près de 17 mois de vie dans le dortoir universitaire des étudiants étrangers de l’Université du Shandong, sur le territoire chinois, m’ont apporté. Parfois allègrement contre mon gré, soit dit en passant.

Avant de venir conquérir l’Empire du Milieu, je me vantais déjà de ne pas être trop difficile sur la question du confort. 12 ans chez les z’éclés, ça m’avait forgé le caractère. La différence, subtile, c’est qu’aux z’éclés, ça durait trois semaines maximum. Après, quand on avait eu notre bouffée d’exotisme à la dure avec boue et douches froides, on rentrait chez nous, dans notre délicieux confort, et on prenait une douche chaude (ndlr : quelque soit l’heure) en se disant qu’on était trop des warriors. Ici, tout à coup, c’est devenu la vraie vie. Non, bon, certes, il y a moins de boue. Mais il y a aussi des douches froides.

 

En septembre 2010, quand Internet coupait, j’allais me plaindre à l’accueil. En janvier 2012, si Internet coupe, je bois une tasse de thé. D’ailleurs, même quand Internet ne coupe pas, je bois une tasse de thé quand même.

En septembre 2010, quand ma page Internet ne chargeait pas, je m’énervais. En janvier 2012, quand ma page Internet ne charge pas … je la recharge. Inlassablement.

En septembre 2010, un Rennes-Paris de 3h en TGV, c’était un peu long sur la fin. En janvier 2012, un Shanghai-Kunming de 36h en assis dur, c’est un peu long sur la fin.

En septembre 2010, "bruit qui empêche de dormir" était synonyme de "quelqu'un écoute de la musique la porte fermée trois chambres plus loin". En janvier 2012, "bruit qui empêche de dormir" signifie "fête congolaise dans la cuisine en face de ma chambre avec trois russes qui hurlent dans le couloir à 3h00 et deux coréennes qui poussent des OOOOOOOH à 4h00". Auquel cas je mets mes boules Quiès et … me rendors.

En septembre 2010, il faisait froid à 0°C et chaud à 25°C. En janvier 2012 il fait froid à -10°C et chaud à 38°C. 0 et 25 sont toutes deux d’agréables températures.

En septembre 2010, une coupure d’eau chaude était l’étape juste avant la fin du monde. En janvier 2012, une coupure d’eau chaude se règle avec deux bassines et une bouilloire. C’est quand l’eau froide coupe que ça devient fatigant.

En septembre 2010, l’idée de manger du chat, du chien ou des cigales grillées me donnait plus ou moins des hauts le cœur. En janvier 2012, j’assume le fait d’avoir payé 50 kuai pour une assiette de chien, je sais que toute viande estampillée "agneau" est en fait complètement du chat, et je vous annonce qu’une cigale grillée en brochette, c’est goutû et juteux.

En septembre 2010, j’aurais un peu rechigné à manger quelque chose tombé par terre sur le sol français. En janvier 2012, je sais que quelque chose tombé par terre sur le sol français est probablement nettement moins dangereux pour ma santé que quelque chose servi dans un restaurant chinois.

En septembre 2010, je venais d’un pays où il paraît que les arabes volent les scooters. En janvier 2012, c’est moi qui volerais bien le scooter des arabes, pour qu’ils arrêtent de faire du bruit avec la nuit.

En septembre 2010, je pensais que tous les asiatiques se ressemblaient. En janvier 2012, je repère un coréen au milieu d’un troupeau de chinois. Et fais parfaitement la différence entre Thaï, Mongol, Japonais ou occidental d’origine asiatique.

En septembre 2010, le bruit d’un chinois se raclant le fond des poumons pour cracher dans la rue, c’était dégueulasse. En janvier 2012 … quel son ? J’ai pas entendu.

Voilà. En janvier 2012, une petite vieille se frappant le dos contre un arbre ou un homme d’affaire jouant avec son portable Hello Kitty accroupi sur un muret ne sont absolument pas matière à se retourner dans la rue. En janvier 2012, le froid, le chaud, le bruit, les odeurs, plus rien ne me dérange.

En janvier 2012, si on récapitule, j’ai voyagé assise dans des trains lents pendant des dizaines d’heures, ai mangé de la streetfood dans des ruelles dégueulasses, me suis baignée dans une des mers les plus polluées de la planète, ai respiré le smog chinois au quotidien, ai probablement également respiré des retombées radioactives en provenance du Japon, ai fait des balades de santé à 4500 mètres d’altitude, ai vécu des passages de 25°C à -5°C les pieds dans la neige en moins de 48h, je me suis saoulé à l’alcool de riz artisanal Miao du fin fond du Guizhou, j'ai ingéré plus de piment qu’il n’est raisonnable pour un être humain, ai probablement tapissé mon estomac d’huile de caniveau recyclée, me suis trouvée dans des bus chinois sur des routes de montagne bordant des précipices sans barrières quand le chauffeur était au téléphone, je suis allée aux toilettes dans des endroits où la définition du mot "toilettes" est "rangée de trous dans le sol sans portes et sans murs", ai chopé des coups de soleil à 2500 mètres d’altitude, ai vécu des nuits allant de 6h du matin à 15h de l’après-midi, ai attendu un taxi sous la neige pendant une demi-heure avec des chaussures perméables et chopé l’angine de ma vie, ai pris des douches froides à 4h du matin en rentrant de soirée, ai régulièrement mis la clim dans ma chambre à 10°C de moins que la température extérieure, ai vidé beaucoup trop de pots de beurre de cacahuètes à la petite cuillère, ai bu du thé tibétain au beurre de yack et de l’alcool dans lequel avait macéré des hippocampes séchés, ai traversé quotidiennement la rue en Chine …… et suis toujours en vie.

Mon corps a fabriqué tellement d’anticorps que j’en ai à revendre et ne serai plus jamais malade. Je suis imperméable à toute agression odorifère ou sonore.  Ou visuelle (le sens de l’esthétisme vestimentaire de certains chinois est une agression visuelle.)

Ma patience et ma tolérance se sont décuplées à un point frisant l’indécence.

Je suis insubmersible.

386485_10151018740695577_676540576_21750087_1903692175_n (Ca c'est une rue sans passage piétons que j'ai traversée, avec un aperçu de l'air que j'ai respiré.)

(PS : Le titre est de Hikari, grande poétesse de notre temps, et la photo est de Max)

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21 décembre 2011

Life is a female dog

Aujourd’hui, ma prof de Duxie a lâché le sujet de notre prochaine et dernière rédaction, je cite : donner des conseils à quelqu’un sur un sujet particulier (Conseils aux personnes voulant survivre 36h dans un train chinois, Conseils aux personnes souhaitant élever un espadon dans leur baignoire, etc.)

Comme je suis très résignée, je sais bien que je vais finir par écrire un texte du genre "Conseils aux gens voulant apprendre une langue étrangère" au fil duquel je pourrai narrer avec émotion mes années passées sur les bancs de Rennes 2 à remplir des bases de données terminologiques. Parce que bon, je ne me berce pas de douces et floconneuses illusions, je ne pense pas que ma prof serait sensible à mon humour décapant et mon talent inné pour l’acrobatie syntaxique.

Pourtant, si tel était le cas, si les chinois (et donc ma très chère professeure) maîtrisaient le second degré, et si mon sens de la rhétorique en mandarin valait celui dont je fais preuve en français, je pourrais enfin expulser ma fatigue culturelle au sein d’un essai audacieusement structuré.

Mais ça fait beaucoup de conditions à remplir, que l’on ne remplit malheureusement pas. Car avec des Si, l’on mettrait Paris en bouteille, et Shanda en vacances.

Moi, j’avais deux idées (dont, probablement, tout le monde se fout, car personne ne veut jamais me laisser donner des leçons de vie.)

La première, c’était "Guide de survie en milieu hostile OU Conseils pour sortir vivant d’une année d’études à Shanda" : Ne fréquente pas le Lan Gui Fang avec trop d’assiduité, ne t’habille pas comme une russe, ne bois pas les choses bleues ou la Sambuca que l’on t’offre au Oscar, ne fricote pas avec n’importe quoi et ne laisse pas une coréenne monter une chorégraphie à laquelle tu vas devoir prendre part. Quelque chose de sobre, mais de pertinent, permettant à chacun de s’en sortir avec une intégrité et un foie dans un état encore acceptable. 

La deuxième s’intitulait "Conseils en relations humaines pour personnes perdues dans l’épais brouillard de leur profonde inaptitude à la communication" : Non, marmonner un "euuuhhrf baeuuh pffouuh …" en regardant le sol avec insistance ne résout par une situation difficile, non "Je ne sais pas" n’est pas la réponse adaptée à toutes les questions du monde, non "Comme tu veux" ne l’est pas non plus, alors éructe donc des phrases avec des mots sous peine de te voir molesté par l’objet contondant qu’est la télécommande de ma clim. Mais on va encore me taxer d’intolérance envers mon prochain, et puis je ne sais pas dire « objet contondant » en chinois.

C’est pas de ma faute, comprenez-moi, Shanda m’a rendu aigrie. Oui, encore plus que je ne l’étais déjà, ça commence à relever de la discipline olympique là, je sais. J’inclurai un chapitre là-dessus dans mon guide de survie, que je mettrai lui-même en référence dans la bibliographie de mon autobiographie, Mathilde mode d’emploi. (Petit rappel pour ceux qui n’ont pas suivi, le 1er tome s’appelle Ce que l’on s’aime, le 2ème J’ai bu trois verres je sais pas où dormir, le 3ème Shit happened et je pense intituler le 4ème Economic Crisis.) (Ceux qui ne comprennent rien peuvent toujours poser la question, ça occupera quelques minutes de leur brève et futile existence.)

Le pourquoi du comment de cet article est : une fin de semestre ne se passe jamais sans dégâts collatéraux. Quand tu arrives dans ta 17ème semaine de cours consécutive (ou peu s’en faut), que ta fatigue culturelle fait peser sur tes épaules le lourd poids de l’épuisement, que tu dois chanter All I want for Christmas is you devant la moitié des étudiants de Shanda dans moins de 48h, que tes exams s’annoncent juteux, que tu dois acheter des cadeaux de Noël mais n’a pas de temps pour ça, que tu exacerbes aux yeux de tous ton masochisme intrinsèque, et que tu réalises qu’une tourterelle roucoulante ressemble finalement vachement à un vieux pigeon borgne déplumé, parfois, tu ressens le besoin de l’exprimer d’une façon ou d’une autre.

En agressant n’importe qui ("Vas y, mon colis est arrivé mais elle m’a dit de revenir après la fin des cours, je suis sûre qu’elle veut le garder pour elle cette connasse.")

En te lançant corps et âme dans d’inextinguibles fous rires nerveux.

Ou, comme je l’ai toujours fait avec un certain brio, en te défoulant sur ton pauvre blog, qui n’a rien demandé.

 

Toute ressemblance avec des situations ou personnages existants ou ayant existé ne saurait être que fortuite. Je ne vois pas comment il pourrait en être autrement.

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24 novembre 2011

Penser à penser à l'avenir.

Pif paf pouf.

Cela fait maintenant 4 ans que je revendique le fait de n’avoir pas passé le cap des 17. On le sait tous, je préfère Arthur Rimbaud à la plupart des êtres vivants. On le sait tous, on n’est pas sérieux quand on a 17 ans. Je ne voulais pas devenir sérieuse. Du coup, j’ai décidé que j’allais avoir 17 ans pour toujours. Solution un peu facile, on est d’accord, mais qui me convenait assez bien. Résolution que j’ai tenue avec brio, reconnaissons-le. Moi, j’aimais bien pouvoir faire n’importe quoi en me planquant derrière le poème Roman.

Mais bon, un beau jour foin des bocks et de la limonade, et foin des badinages adolescents, il semblerait qu’avoir des tilleuls verts sur la promenade ne fasse plus tout dans la vie.

Et la suivante question, aux insupportables sonorités adultes, se pose alors d’elle-même avec la légèreté d’un parpaing : que vais-je faire de ma vie, bordel ?

Bon, j’me vois bien interprète de conférence à l’ONU, j’me vois bien émigrant à Montréal, je traverserais bien l’Europe en stop, et puis j’aimerais tant voir Syracuse. Certes. Projets louables, mais dans l’immédiat il y a semble-t-il d’autres choix à faire. D’autres questions à se poser. PLEIN d’autres questions à se poser.

 

Ai-je envie d’une bourse d’étude octroyée avec grâce par le gouvernement chinois ? Une bourse d’étude de quoi ? Hein ? Quelles études ? Un master pour apprendre à apprendre le chinois aux étrangers ? Ok. Ai-je envie à l’issue du master, de m’engager à enseigner le chinois pendant 5 ans quelque part en France ? 5 ans ? C’est long. Ai-je envie de m’engager jusqu’à mes 30 ans, telle est la question. Est-ce qu’à 30 ans, j’aurai pas envie de faire autre chose de ma vie que d’intégrer le master d’interprétation de l’ESIT pour devenir interprète de conférence à l’ONU ? Si non, quand est-ce que je deviens interprète de conférence à l’ONU ?

Est-ce que je veux commencer à travailler à 35 ans et partir en retraite probablement après ma propre mort, tout ça parce que j’aurai voulu passer deux ans de plus à Shanda aux frais du Hanban ? Alors, sinon, quelles alternatives ? Un autre master à Shanda ? Un qui ne m’engage à rien ? Est-ce que j’ai envie d’étudier n’importe quoi juste pour être en Chine ? Ou bien l’idée initiale : le master à l’INALCO. Est-ce que j’ai envie d’habiter à Paris (ah, tiens, ça fait au moins une question dont j’ai déjà la réponse) ? Ou bien trouver un travail en Chine, n’importe lequel.

Est-ce que je veux être en France, ou en Chine ? Est-ce que je veux être en Chine, ou à Shanda ? Est-ce que, avant que ma jeunesse s’use et que mes printemps soient partis, on va me laisser devenir Montréalaise, bon sang ?

 

Voilà. Prière de trouver une réponse à chacune des questions sus-citées avant la date limite de dépôt des dossiers de demande de bourse. Voici venu le temps (des rires et des chants … ah, ben non tiens !) de prendre des engagements à long terme. Voici venu le temps où "vivre d’amour et d’eau fraîche en élevant des chèvres sur le plateau du Larzac" n’est plus une possibilité viable. Ouais parce que même si c’est ça que je décide de faire, les questions : "Tu les trouves où tes chèvres ?", "Tu la trouves où l’eau fraîche ?", et "Tu le trouves où l’amour ?" vont devoir se trouver réponse à leur pied. Plus rien n’est simple, depuis qu’Arthur Rimbaud a compris que, passé un certain âge, c’était bien beau d’être amoureux et loué jusqu’au mois d’août, mais ça remplissait pas les assiettes, et qu’il était donc urgent de se trouver dard-dard une activité lucrative. Genre du trafic d’armes en Ethiopie, une valeur sûre.

Donc, penser à penser à l’avenir. Et à l’avenir, penser à penser tout court. Et penser à ne pas trop penser, aussi, des fois.

(Sinon, Cali a écrit une chanson qui s’appelle Pensons à l’avenir et qui commence sur la phrase : "Sommes nous juste en train de prendre du bon temps, ou quelque chose comme ça ?" Ce qui est également une excellente question, si vous voulez mon avis. Et même si vous le voulez pas, d’ailleurs.)

 

(En fait, il y a un fleuve russe nommé Amour, par ailleurs frontière avec la Chine. Si je vais élever mes chèvres là-bas, ça règle plein de problèmes à la fois, un fleuve étant par définition plein d'eau fraîche.)

IMG_2633Moi enseignant le chinois à mes chèvres sur les rives du fleuve Amour. Je sais, j'ai du talent.

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17 octobre 2011

Il n'y a guère que les moines tibétains pour planer de la sorte !

Et autant vous dire qu'en matière de moines tibétains, je m'y connais.

Bref.

Je tenais à vous donner quelques nouvelles, car certains échos en provenance de mon lointain Hexagone natal (et tant aimé) me sussurent à l'oreille que "Mathilde / Mafei / Matpat / Chouti / Tildou / Autre elle nous z'aime pu, elle en a r'en'a'fout' de nous." Oui, on me glisse de temps en temps que selon toute vraisemblance, il serait temps que je revienne pour soit disant "parfaire le tableau". Ce qui est une façon subtile de dire "parce qu'on se souvient plus trop de ta tête".

Ne vous en faites pas, je vais revenir. L'histoire ne dit pas exactement pour combien de temps, mais le Chinese Scholarship Council, lui, finira probablement par nous le dire le jour où j'irai compter fleurette à Sun Laoshi. Dans la mesure où j'ai passé mes deux dernières semaines à retraduire littéralement l'intégralité du site de Shanda, ils me doivent bien une petite bourse d'études. Rien qu'une toute petite. Je veux bien dormir sur les tapis de courses de la salle de gym, s'il le faut.

Ce qui m'amène à penser qu'il faudrait peut-etre que j'aille rentabiliser mon abonnement dans ladite salle de gym, c'est une tâche que je n'ai pas beaucoup prise à coeur ces derniers temps. Je voulais y aller cet après midi vers 18h, et j'ai reçu un sms me disant "On mange à 18h". Si ce n'est pas un affreux coup du sort pour m'empêcher d'aller faire du sport, je ne sais pas ce que c'est. Je dénonce une machination. A la place, je me retrouve à écrire cet article absolument passionant tout en sirotant mon thé au miel et au gingembre, celui-là même qui doit m'aider à retrouver ma voix de velours. C'est plutot option papier de verre au niveau de mon larynx là. (J'entends d'ici les remarques constructives des deux êtres m'ayant enfanté, surtout ma maman, je cite "C'est parce que tu te couvres pas assez, mets un bonnet, trois écharpes en six paires de chaussettes !")

ENFIN ! Les oiseaux chantent, les papillons papillonnent, j'ai du mal à dormir mon plafond s'illumine (mais c'est peut-être parce que je passe trop de temps devant mon écran à écrire des xiezuo de 1400 caractères, ça m'abîme les yeux), Shanda a 110 ans (et des fontaines partout), j'aime pas les Chengyu, et dans l'évangile selon moi-même le ciel est bleu (et pour réussir à voir du ciel bleu en Chine, il faut quand même avoir un sacré pet au casque). Celui (ou celle) (et en l'occurrence ça sera probablement celle) qui trouve à quelle chanson cet article sans queue ni tête fait (très subtilement) référence gagne un décapsuleur qui fait aussi accordeur de guitare et yaourtière. Et une brochette de chat. (Et je ne sais pas pourquoi, mais j'ai envie d'ajouter "Pratique si on est en panne de clignotant dans l'espace ...", mais ça va devenir sacrément tiré par les couettes.)

Damned, le bureau de Shanda vient encore de m'appeler pour me demander mon aide. Il vont bien etre obligés de me la filer, la bourse : ils peuvent pas se passer de moi ...

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25 septembre 2011

"We will find good days for us, the sun will shine brightly"

IMG_2416Fin de dimanche après-midi, j’ai fait mes devoirs, rangé ma chambre, nettoyé ma salle de bain, je suis à jour dans les trucs non-attractifs, et je peux passer aux activités dites « attractives » : vous donner des nouvelles et susciter vos commentaires émoustillés. Rien de moins.

Je sais, les nouvelles arrivent tard. Je m’excuse de la part de l’Internet chinois qui a rendu mon accès à la toile épicé et acrobatique ces derniers temps. Tout semble revenu à la normale.

Mais est-ce que les choses peuvent vraiment revenir à la normale dans ce pays ? Je vous le demande.

Je suis revenue à Jinan il y a déjà trois semaines, pour y entamer en fanfare mon troisième et dernier semestre. Chambre 2324, LanIMG_2373 Gui Fang et Jinan all over again, la vie bat son plein à Shanda-city, au grand bonheur de mes zygomatiques, qui ont eu plutôt pas mal de travail ces derniers temps.

Je croise les doigts pour que janvier n’arrive pas trop vite, même si je ne sais que trop bien à quel point les fins peuvent se dépêcher d’être là quand on ne les attend pas.

Oui, oui, je sais, j’ai aussi des raisons de rentrer. Pas nombreuses, mais quelques unes quand même. Le débarquement d’un guitareux au bâtiment des étudiants étrangers m’a fait réaliser qu’un poil d’éclés, de gratte autour du feu de bois et de course dans une forêt mouillée par la pluie bretonne ne serait pas de trop dans ma vie. Ainsi que des cours de chant. Il y a des choses que la Chine ne peut pas offrir …

 

Et les vacances ?, me direz-vous. Bien, très bien les vacances.

IMG_1553Je passe les divers commentaires des divers camarades, « Ooh, t’es pas rentrée chez toi ? T’as voyagé TOUTE SEULE ??!! 哎呀, 这么厉害 !! »

Non, à vrai dire, je n’ai pas le sentiment d’être plus 厉害 que la moyenne. Je crois que je ne peux simplement pas me permettre de limiter la Chine à Jinan. Aussi merveilleuse soit Jinan dans le soleil de la fin de l’été, cet énorme bout de territoire a tellement de choses à montrer à qui se déclare prêt à les découvrir que c’aurait été dommage de ne pas essayer …

J’espère sincèrement que la Chine ne cessera jamais de me surprendre, de m’impressionner, de me faire rire, de me faire réfléchir. J’espère que je poserai toujours sur elle des yeux d’enfant. Que j’aurai éternellement des bouffées d’euphorie et de bonheur à la simple idée d’y être, parfois, juste en marchant dans la rue.

 

Les pics déchiquetés de l’Himalaya, la fierté des tibétains, les minimoines qui courent comme des dératésIMG_2292 dans les escaliers des monastères, le vert étincelant des paysages du Xishuangbanna, le bleu des eaux du lac Lugu, du lac Qinghai, des bassins de Jiuzhaigou, les escaliers de l’Emei Shan au petit matin, les sentiers détournés, les trains de nuit, les bus de jour, le goût du thé au beurre de yack ou du hotpot sichuanais, l’activité délirante des pandas géants, la patience du Bouddha de Leshan, qui veille majestueusement sur les hordes de touristes, les ruelles de Lijiang, le quinzième étage de cet immeuble de Xining ….

 

…. et les pintes de Tiger au Oscar, les après-midi sur les marches, le dédale de hutong du vieux Jinan, le podium du Phebe, les Ladies Nights du Lan Gui Fang, les repas communs dans la cuisine du 2ème, du 3ème, les séances de révisions à la cafet, ICBC ou China Mobile, les brochettes à 5h du mat’, SOJA sur le toit, le vélo de la salle de gym, les jiaozi de la porte Nord, le marché couvert, Quancheng Guangchang de nuit, le Gaoji Yi, les tasses de thé à n’en plus finir en faisant mes devoirs, Shanda, Jinan, la maison.

 

IMG_2398Tout ce qui se mélange, quotidien et nouveauté, anciens et nouveaux amis, absents et présents, magie et réalisme, les diverses raisons de se lever le matin.

Ma Chine.

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01 juillet 2011

And now, I'm glad I didn't know the way it all would end, the way it all would go ...

L’article de blog de 1h00 du matin : on aime. Parce que vers 1h00 du matin, souvent, j’ai une folle inspiration. Je pourrais aussi aller me coucher, mais très sincèrement, si je me mets dans ce lit, je vais également me mettre à penser, et dieu seul sait à quel point il vaudrait mieux éviter un tel massacre ce soir.

Ce moment bizarre, cette espèce d’hébétude qui suit le départ de quelqu’un. Quand on n’arrive pas encore à y croire. On sait que dans quelques temps on repensera aux bons moments passés ensemble, et qu’on sourira rêveusement, mais pour l’instant, penser aux bons moments fait juste affreusement mal.

Donc c’est un peu pour ça que j’ai pas trop trop envie de penser, là.

J’ai juste envie de partir. Les couloirs sont trop vides, ici. Vides de tous ces gens qu’on ne va pas revoir.

 

Je me souviens de ce jour au début du semestre où m’était tombée sur le coin de la gueule une nouvelle lourde comme un parpaing.

Je me souviens de mon dégoût à l’idée de rencontrer de nouvelles personnes.

Je me souviens de ce weekend entier passé à m’enfiler les 22 épisodes de 45 minutes chacun de la première saison de Glee (Oui, cela fait 16h30 entières, j’assume.)

Je me souviens de ces nouvelles étudiantes françaises nous trainant moi et ma mauvaise volonté à cette soirée barbecue/bowling avec des inconnus.

Je me souviens de cette table pourrie et de ces tabourets sur le trottoir dans une petite rue du centre de Jinan.

Je me souviens de mes premiers mots avec mon voisin de tabouret.

Je me souviens de la soirée qui a suivi, du bowling, d’avoir trouvé que le Lan Gui Fang était finalement un endroit formidable.

Je me souviens que cette nuit là, en rentrant dans ma chambre vers 4h00 du matin, je souriais bêtement à mon reflet dans le miroir.

Je me souviens avoir pensé qu’en une soirée j’avais élevé ces nouvelles personnes au rang de demi-dieux pour avoir réussi à me redonner envie de sortir de ma chambre.

Je me souviens du match de foot le lendemain, et de ma magnifique banderole.

Je me souviens de la soirée de départ impromptue du Hongrois, à la cafet.

Je me souviens de la première séance avec la chicha sur le toit, une nuit vers 5h00.

Je me souviens de la mythique soirée au Phoebe (et quand on connait ladite soirée, on pourrait presque être étonné que je m’en souvienne …)

Je me souviens du fucked-up-trip, du musée de la commémoration du massacre de Nanjing, de la soirée au Helen’s, de la pluie sur Hangzhou, du parking de Suzhou, des pannes.

Et puis je me souviens que tous ces moments ont fini par faire de ces gens mon rayon de soleil quotidien, ma raison de me lever le matin, mes amis, ma famille, ma vie tout simplement. Les inconnus de la soirée bowling/barbec ne sont plus des inconnus depuis longtemps.

 

Je me souviens de l’après-midi du 30 juin. C’est normal, c’était il y a quelques heures. Le sentiment est tout frais, tout net, j'en ai presque encore les yeux rouges. "We will see each other again …" Ah, tu crois ? Moi je crois que c’est un de ces trucs qu’on se dit au moment des départs. Parce qu’à force d’en vivre, des départs, on les connait les mots consacrés. On se reverra. On garde contact. La première chose qui vient à l’esprit, dans ces moments-là, c’est que finalement, on aurait peut-être dû consacrer tous nos week-ends à regarder 16h30 de séries pour s’épargner de devoir vivre les séparations à la fin. On sait qu’on ne le pense pas vraiment, et on attend avec impatience le jour où ça ne fera plus mal de se souvenir d’eux, le jour où ça ne fera plus mal d’écouter les chansons qui nous y font penser.

 

Et attendant, ça fait mal. Putain, ça fait mal.

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08 juin 2011

Well, I've been afraid of changing, cause I've built my life around you ...

IMG_0219Je sais, ça fait longtemps que je n’ai pas écrit. Je n’envoie plus non plus des masses de longs mails bourrés de photos. Il y a une raison assez simple à ça : ce qui était il y a quelques mois follement exotique à décrire est devenu un quotidien somme toute assez basique. Pas de quoi écrire des tartines.

Essayez, pour voir, d’écrire régulièrement de longs articles et de longs mails sur le fait d’aller chaque jour en cours à Rennes II, de faire vos courses aux Lices ou chez Carrefour et de sortir Rue de la Soif le vendredi soir. Je vous jure que vous manquerez rapidement de matière.

 

Ca sonne triste, dit comme ça, mais ça ne l’est pas. Nous avons trouvé ici ce que nous étions venus chercher : un chez nous. Vous allez à Rennes II, je vais à Shanda. Les Lices et Carrefour s’appellent pour moi marché couvert ou RT Mart. Et quand vous déambulez Rue St Mich’, je fais de même au Lan Gui fang, au Phoebe, au Oscar. Je suis chez moi. Je ne marche plus dans la rue les yeux écarquillés et le sourire béat. Je marche vite, mes écouteurs dans les oreilles, pour ne pas passer trois plombes à acheter 8 yaourts et 6 pommes. Je ne réponds plus « Ni Hao ! » jovialement quand un chinois hilare me dit « Helloooo ! », je me contente de le fixer d’un regard assassin, en souhaitant pouvoir me fondre dans la foule.

Souhaiter passer inaperçue. Pouvoir faire comme s’il était parfaitement normal que, portable chinois dans une main et zhenzhu naicha dans l’autre, je réponde en mandarin au chauffeur de taxi.

 

Se sentir comme un poisson dans l’eau du Daming Hu. Pouvoir prendre Shanda Lu vers le nord et tourner à gauche sur Huayuan Lu direction Laodongmen sans se perdre. Savoir que le bus 11 va à la gare principale, mais que pour la gare de l’Est c’est le 30. Maîtriser le métro de Beijing. Ne plus appeler Beijing Pékin. Se sentir à l’aise dans un train lent bondé.

Pouvoir, en arrivant en gare de Jinan après un weekend passé ailleurs, utiliser l’expression « rentrer à la maison ». Et lui trouver un sens.

 

En arrivant ici, j’avais un monde entier à reconstruire. Trouver des marques, des bases, des appuis, des amis, des habitudes. Elaborer autour de moi tout un microcosme, un univers. Aujourd’hui, mon quotidien bat son plein, avec mes objets, mes profs, mes amis, ma vendeuse de pommes ou ma carte de la salle de gym. Ma routine.

Et, tout comme j’avais peur de quitter ma vie en quittant la France, j’ai peur de quitter ce monde en quittant la Chine.

 

Alors, c’est bien simple, je ne vais pas la quitter. Je vais rester, un semestre de plus.

Même si ça ne revient qu’à repousser de 5 mois le moment où la phrase « Dans quelques instants nous entrerons en gare de Rennes » résonnera à mes oreilles.

Même si je sais que dans pas si longtemps, je devrais laisser ici les bruits, les odeurs, les souvenirs, pour regagner ce qui ressemblera à une autre planète : la France. Ce mot qui me donne l’impression d’être un vêtement trop petit pour moi.

 

Un peu plus de Chine, juste un peu, et après je reviens. Promis.

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12 avril 2011

Cher pays de mon enfance, bercé de tant d'insouciance ...

L’année dernière, à la même époque, je commençais ce délirant marathon dont l’intitulé en laisse plus d’un rêveur, je cite : « C’est au bureau d’à côté. » En moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, j’étais passée experte dans le remplissage de formulaire, la prise de rendez-vous et autre légalisation de documents.

Long story short, j’étais à deux doigts de m’atteler à la rédaction d’un essai ayant pour titre Administration française, mon amour.

 

Depuis, j’ai cessé de tremper des grenouilles dans mon café au petit déjeuner en arborant un tee-shirt « Pas content ! ». Oui, j’ai plus ou moins cessé d’être française pour devenir de cette espèce de gens qui font du bruit quand ils mangent, possèdent un thermos à thé et achètent des débardeurs Hello Kitty. Tu as tout compris, je suis devenue partiellement chinoise. Chine, délicieux territoire où les bureaux sont ouverts le weekend …

 

Bon, du coup, j’avais un peu perdu l’habitude. J’avais oublié qu’il existait en ce bas monde des pays où devoir travailler plus de 5 matinées par semaine représentait un motif valable de mise en grève. Et où mes yeux bleus ne me mettaient pas à l’abri de la mauvaise humeur ambiante.

 

Tout va bien, la France vient de me revenir en pleine figure avec toute l’ardeur dont nous la savons capable. Pour une histoire captivante de prolongation de passeport, me voilà obligée de jeter un œil inquisiteur sur le site de l’ambassade de France en Chine. Et de les appeler.

Aucun doute, l’interlocuteur est français. Il pourrait s’exprimer dans la langue qui lui sied, je saurais qu’il est français. Le son de sa voix traduit son plein épanouissement dans son travail. De ma chambrette jinanaise, j’arrive à entendre le son du non-sourire de l’homme et de sa réticence à faire ce pour quoi il est payé : répondre à mes questions. Moi et ma maîtrise du milieu n’avons pas un doute là-dessus : l’homme est un fonctionnaire de l’administration française.

 

Bon. Peu importe, à force de suavité appuyée (et forcée), j’extorque à l’homme les informations nécessaires. Bien évidemment, pour déposer les documents requis, je dois aller à Beijing. Bien évidemment, 2 à 4 semaines plus tard (apprécions ensemble la précision), je devrai retourner à Beijing récupérer le passeport. Pas de soucis, j’adore passer des weekends à Beijing.

Weekends ?

Nooon …

Prière de vous présenter du lundi au vendredi de 8h30 à 12h30. AH BEN ÇA ÇA M’ARRANGE BIEN DITES DONC ! Dans la mesure où je ne suis pas venue en Chine pour étudier, et où, du coup, je n’ai jamais cours, ça ne me pose évidemment aucun problème. J’ai des matinées à revendre, c’est de notoriété publique.

 

Je reprends l’écriture de l’essai.

Je vais peut-être même le traduire en anglais pour pouvoir satisfaire aux nécessités internationales de ma vie.

French administration, my one and only love est un titre qui en jette.

Douce France, cher pays de mon enfance, malgré tout le respect que je te dois, parfois, soyons réalistes, tu n'es qu'un poids sur mon existence.

 

(Sinon il fait beau, c’est le printemps, et mon papa et ma maman ils arrivent dans deux semaines, et ça c’est troooop cool. Ce qui serait encore plus cool, c’est que durant les deux semaines en question, je ne sois pas obligée de me farcir des examens, mais la vie est faite de contrariétés. Pour atténuer lesdites contrariétés, et oublier qu'on souhaite faire péter l'ambassade au cocktail molotov, je voulais publier une apaisante photo de fleurs de cerisiers prise à Suzhou. J'ai pas vu grand chose d'autre que des fleurs de cerisiers à Suzhou, pour être honnête. Mais de toute façon, ma connexion veut pas la charger, alors je vous laisse l'imaginer. Moi je vais réviser mes examens, ce qui m'exalte dans la mesure où il fait 20°C dehors.)

 

 

 

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21 mars 2011

Jusqu'à ce qu'il n'y ait plus rien ...

 

En ces temps où Mère Nature (et Kadhafi) s’en donnent à cœur joie, je me dis parfois qu’en quittant la France pour gagner la Chine, nous avons abandonné notre statut d’intouchables pour intégrer enfin le monde réel.

Ah, que nous sommes loin de tout, en France, dans le confort de nos canapés et de nos vies sans heurts, à nous émouvoir de la douleur des autres sans jamais y être confrontés vraiment. Car rien ne nous arrive jamais, à nous, rien ne nous fait du mal. Le mal s’arrange toujours pour être à des milliers de kilomètres, là où il ne risque pas d’influer sur le cours de nos vies.

 

Et soudainement, nous nous découvrons acteurs d’un univers côtoyant les catastrophes. Et nous voilà obligés de les côtoyer aussi.

Quand Corée du Sud et Corée du Nord s’asticotent, ce sont nos camarades de classe qui sont susceptibles d’être mobilisés.

Quand les centrales nucléaires japonaises prennent leur indépendance, notre exposition aux radiations ne dépend que de la bonne volonté d’Eole.

Pour une fois, nous découvrons que tout n’arrive pas qu’aux autres.

 

C’est intéressant, Shanda. C’est intéressant car dans un même bâtiment est réuni un échantillon de la planète. Quand une partie du monde tremble, c’est un petit bout de Shanda qui tremble avec elle.

Communauté arabe réagissant aux révolutions, communauté japonaise collectant dons, petits mots et origamis, Suim dessinant des cartes de la Corée sur ma table pour m’expliquer …  

Et nous, commentant avec effroi les résultats des cantonales.

Et nous, disséquant l'actualité comme si nous en prenions conscience pour la première fois.

IMG_0034(日本, 加油 = Japon, courage)

Posté par Mafei à 19:59 - Commentaires [3] - Permalien [#]